Ecologie

Le statut de la marmotte en France

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La marmotte est classée « chassable », et elle est chassée. 
C’est un « gibier » dont la chasse est autorisée dans des conditions précises et qui bénéficie de mesures de protection.
La notion de gibier est définie par une longue tradition jurisprudentielle. Il s’agit de certaines espèces animales non domestiques qui ont été admises par la tradition comme susceptibles d’actes de chasse et qui appartiennent au patrimoine biologique national.
L’arrêté ministériel du 26 juin 1987 modifié, pris en application de l’article L 224.1 du Code Rural, fixe la liste des espèces de gibier dont la chasse est autorisée, y incluant la marmotte. La période spécifique d’ouverture est déterminée par l’article R 224.5 du Code Rural : elle peut débuter au plus tôt à l’ouverture générale (mi-septembre) et doit se terminer au plus tard le 11 novembre, avec interdiction de chasser par temps de neige. On est en pleine période d’ouverture de la marmotte.
La Convention du 19 septembre 1979 relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe, dite « Convention de Berne » (allergie, le retour) en vigueur en France depuis août 1990, classe la marmotte dans les espèces protégées (Annexe III). En conséquence, les États contractants doivent prendre les mesures législatives et réglementaires appropriées et nécessaires pour maintenir l’existence des populations hors de danger. (Y en a pas! de danger.) Sont demandées notamment à cet effet l’institution de périodes de fermeture et/ou d’autres mesures réglementaires d’exploitation telles que :

  • des interdictions temporaires ou locale de l’exploitation,
  • une réglementation de la vente, du transport, de la détention des animaux vivants ou morts,
  • l’interdiction de tous moyens non sélectifs de capture et de mise à mort et des moyens susceptibles d’entraîner localement la disparition ou de troubler gravement la tranquillité des populations.

Au plan national, la Marmotte est une espèce non domestique – une espèce qui n’a pas subi de modifications par sélection de la part de l’homme – appartenant au patrimoine biologique national.
Le piégeage de la marmotte par les particuliers est interdit, cette pratique n’étant licite que pour la régulation des espèces classées « nuisibles » en application de l’article R 227.5 du Code Rural (la marmotte ne figure pas sur la liste des animaux susceptibles d’être classés nuisibles établie par arrêté ministériel du 30 septembre 1988). Vous trouverez ici, et je remercie ce site, toutes ces informations et encore plus sur la marmotte!
Ne devrait-on pas retirer cette espèce de la liste des espèces chassées qui en comporte 91 en France, contre 30 en Allemagne et en Espagne, 37 en Italie, 31 au Royaume-Uni ?

Ne devrait-on pas revoir et diminuer également la liste des espèces chassables et les dates d’ouverture de la chassedans les Parcs Naturels ?

Une civilisation anti-nature

  1. En France, les associations de chasseurs sont considérées comme des associations de protection de la nature ! 
  2. Les responsables des associations pastorales peuvent appeler à la destruction d’espèces protégées, ce n’est pas un délit en France. Ils peuvent menacer de passer à l’acte « sur le terrain,  sans que qui que ce soit ne puisse plus maitriser quoi que ce soit » en toute impunité. Philippe Lacube avait claironné en septembre 2009 que deux ours avaient été braconnés en Haute-Ariège : ni vu, ni connu, la disparition de l’ours Boutxy a été classée sans suite. Si le braconnage d’un ours, de loups, de vautours, de rapaces est possible sans conséquence pour leurs auteurs, la disparition de quelques petites marmottes…
  3. Facebook regorge de groupes « contre » aux idéologies anti-Nature : « Non aux loups dans nos montagnes »,  «  Non à l’ours dans les Pyrénées », « Je rêve de voir un ours des Pyrénées en descente de lit et j’assume »,  « Tous contre l’écologie qui veut interdire la chasse et la pêche »,  « La France unie contre les parcs nationaux »,  « Près des cimes, loin des cons » etc. On y retrouve souvent les mêmes « animateurs », membres du CPNT ou d’associations pastorales réactionnaires, dont les raisons sociales se limitent à la lutte contre les prédateurs « bouc émissaires » et à la défense des intérêts financiers d’une seule profession.

Revoir le statut du pastoralisme

Economiquement non viable sans la montagne de subsides qui lui permet d’être maintenue « en soins intensifs », le pastoralisme doit être mieux aidé et davantage soutenu avec de l’argent public. Mais comme l’argent public qu’il reçoit est bien supérieur aux produits d’exploitation, le pastoralisme devrait aussi répondre aux intérêts du public. Les primes devraient être augmentée, mais à condition que les mesures de protections soit réellement et correctement mises en place et que les éleveurs acceptent de respecter les autres formes de vie qui cohabitent sur ces territoires.

La montagne est multi-acteurs et multi-usages. Etre un prédateur au sommet de la chaîne alimentaire est naturel, n’est pas une anormalité, certains semblent l’avoir oublié. Le destin des brebis dévorées par les prédateurs est aussi noble que celui des brebis sacrifiées pour la fête de l’Aïd el-Kebir ou pour la boucherie. Qu’un animal sauvage (ou domestique) participe à la survie d’un être vivant, fut-il sauvage, grand et carnivore, situé plus haut que lui dans la chaine alimentaire n’est pas inconcevable pour l’homme sensé, qui possède des notions minimales de biologie. C’est valable pour le papillon, le ver de terre, le moustique, le chevreuil, le lapin ou… la brebis. C’est à l’homme de protéger son patrimoine domestique en adoptant des méthodes de protection : c’est valable pour les domiciles, les véhicules ou les troupeaux.

Le raccourcissement de la chaine alimentaire

Aldo Léopold, dans « Almanach d’un comté des sables » écrit :

« Le système de protection de la nature basé exclusivement sur l’intérêt économique est désespérément bancal. Il tend à ignorer, donc en fin de compte à éliminer beaucoup d’éléments de la communauté terre qui manquent de valeur commerciale mais sont (dans l’état actuel de nos connaissances) essentiels à son bon fonctionnement. Il part du principe, erroné que les parties rentables de l’horloge biotique peuvent fonctionner sans les parties non rentables. Il tend à déléguer aux soins de l’Etat de nombreuses fonctions qui deviennent trop complexes ou trop dispersées pour que l’Etat puisse réellement les assumer. Une obligation éthique de la part du propriétaire privé semble le seul remède envisageable à ces situations. (…)

La pyramide est un enchevêtrement de chaînes complexes au point de paraitre désordonnées, cependant la stabilité du système prouve qu’il s’agit au contraire d’une structure hautement organisée. Son fonctionnement dépend de la coopération et de la compétition entre ses différentes composantes. » (…)
Les grands prédateurs sont supprimés au sommet de la pyramide ; pour la première fois dans l‘Histoire, les chaines alimentaires raccourcissent au lieu de rallonger. Des espèces domestiques venues d’ailleurs se substituent aux espèces sauvages indigènes et les espèces sauvages indigènes sont transplantées dans de nouveaux habitats. Dans cette mise en commun mondiale des faunes et des flores, certaines espèces deviennent incontrôlables et se transforment en fléaux ou en maladies, d’autres sont frappées d’extinction. De tels effets sont rarement délibérés ..

La création d’associations pastorales dont la raison de vivre est la disparition intentionelle des prédateurs, montre qu’en France, l’extinction des espèces qui dérangent les lobbies est abandonnée à ceux-ci, voire encouragée politiquement. Le raccourcissement de la chaine alimentaire est délibéré et subsidié, que ce soit sous les vocables de « tirs de défense », de « tirs de prélèvement » ou de « comportements à problèmes ».

…« ils représentent des réajustements imprévus, et souvent imperceptibles, au sein de la structure. La science agricole consiste pour une bonne part en une course entre l’émergence de nouvelles espèces nuisibles et l’émergence de nouvelles techniques pour s’en débarrasser ».

Aldo Léopold a écrit son Almanach d’un comté des sables en 1916, bien avant l’apparition de Monsanto et des OGM.

Apprendre à penser comme une montagne

Le cas des renards/campagnols est à ce sujet symptomatique : l’éradication des renards, classés « nuisibles », qui se situent haut dans la chaine alimentaire entraine des besoins « d’éradication » chimique des campagnols, méthode non naturelle qui a des conséquences désastreuses sur d’autres espèces non visées comme les rapaces, qui c’est un comble, sont des prédateurs des campagnols visés. Le cercle est vicieux, le système s’emballe…
Idem pour pour le sanglier. En absence de prédateurs, il prolifère. Surtout que, considéré comme « gibier », et donc « utile » à un groupe qui se l’approprie à son usage et intérêt exclusif, ils sont parfois nourris afin de rentabiliser les chasses, au grand dam des agriculteurs, qui parfois sont les mêmes. L’Etat n’a pas le courage politique et le bon sens biologique de remettre des prédateurs là où ils ont disparus.A cause de la sécheresse pour NKM et son ex-président. L’Etat délègue la prédation aux chasseurs qui ne parviennent à contrôler les populations ou alors très partiellement. Parfois, les chasseurs ne veulent pas réduire les populations « gibier », histoire de générer « de beaux tableaux ». Les chasseurs paient les dégâts, les agriculteurs paient de leur poches, les prédateurs eux, s’ils n’ont pas encore payés de leur vie, vont le faire bientôt… Le cercle est vicieux, le système s’emballe.

Poison

* Entre février et juin 2005, 3 aigles royaux adultes ont été retrouvés morts dans les Alpes du Sud (Valensole et Allos dans les Alpes-de-Haute-Provence et vallée de la Roya dans les Alpes-Maritimes). Pour deux d’entre eux et de manière certaine, le poison a été à l’origine de la mort. Pour plus de renseignements, voir : 3 aigles royaux empoisonnés dans les Alpes du Sud.
* Le 10 mai 2005, le chien d’une scientifique italienne de San Remo est retrouvé mort non loin de la Brigue, après avoir mangé un appât badigeonné de strychnine (après analyses réalisées par un laboratoire de l’université de Pise en Italie).
* Enfin, en juin 2005, deux brebis errantes sont découvertes par des gendarmes sur la commune de Robine-sur-Galabre (Alpes-de-Haute-Provence), en bordure du massif des Monges, avec des capsules de cyanure fixées sur le cou …
L’usage du poison, destiné selon toute vraisemblance aux loups, fait donc son triste retour les vallées des Alpes du Sud, notamment celle de la Roya. On aurait pu penser que la condamnation en mars 2005 à deux mois de prison avec sursis pour la destruction d’un loup d’un éleveur de la Brigue découragerait de nouvelles tentatives.
En effet, dans les années 1997-1998, 2 loups avaient éliminés par cette méthode, mais aussi un aigle royal, une martre et quatre renards.
L’usage du poison, unanimement et fermement condamné par tous, est particulièrement révoltant car il gagne l’ensemble de la chaîne alimentaire et menace tous les animaux se nourrissant de charognes, des petits carnassiers jusqu’aux grands rapaces tels que l’aigle royal, le vautour fauve ou le très rare gypaète barbu.
Plus grave, dans ces zones très fréquentées par les randonneurs et les touristes, le danger pour l’homme n’est pas négligeable. « Un enfant est susceptible de porter les doigts à la bouche après avoir touché des appâts, un sanglier contaminé peut être consommé par des chasseurs » détaille un agent du Parc National du Mercantour.
Source : Carnivores-rapaces.org

On est bien dans le cas de « fonctions qui deviennent trop complexes ou trop dispersées pour que l’Etat puisse réellement les assumer ». Alors qu’il suffit de revenir à un rapport prédateurs-proies équilibré, NATUREL !
Mais les prédateurs ne votent pas. Ah! Que j’aimerai pouvoir écrire, comme Rick Bass (dans « Sur la piste des Grizzlis« ) : « Il est réconfortant de penser qu’il reste encore, par les temps qui courent, des officiels qui s’efforcent de fonder la gestion de la nature sur la biologie et non sur la politique. »
A la veille de la « conférence environnementale », des associations ont sollicité le Président de la République pour la sauvegarde de l’ours en France. François Hollande a répondu poliment : « Comme vous le savez, la préservation de la biodiversité constitue pour le chef de l’Etat, l’une des grandes priorités de son quinquennat, c’est pourquoi, déterminé à créer les conditions d’un nouveau dialogue entre l’Etat et tous les acteurs concernés… ». Bla bla bla…
Les acteurs concernés, ceux qui dialoguent sont uniquement les hommes ; les prédateurs sont des animaux politiques mais ils ne dialoguent pas plus qu’ils ne votent. Les animaux sauvages sont considérés comme res nullius, c’est-à-dire, comme n’appartenant à personne, alors qu’au contraire, ils appartiennent à tout le monde ! Voilà un changement de statut qui serait bénéfique à la collectivié.
En France, défendre les équilibres biologiques est devenu inadmissible pour certains crocodiles des milieux conservateurs traditionnels, pastoraux, cynégétiques ou industriels, (je pense au CPNT, qui est pourtant très loin de représenter tous les chasseurs). Et ceux qui le font, sont comparés par ces extrémistes à des Talibans de l’écologie. La Haine de la Nature et de ceux qui lui accorde une autre importance que la simple valeur économique est en marche au nom des « traditions » rurales anthropocentriques. Conservatisme extrême et dangereux ou repli sur soi et chant du cygne?
Aldo Léopold considérait plusieurs obstacles à une relation éthique à la terre : « Il le manque de respect et d’admiration pour la terre.» On est dans le mur. Le changement est-il pour maintenant ? Ce n’est pas certain, pas certain du tout !

Dans l’usage de la terre, on est ce que l’on pense

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Voici pour conclure cette note, un extrait du texte « L’horizon » d’Aldo Léopold :

« Il me parait inconcevable qu’une relation éthique à la terre puisse exister sans amour, sans respect, sans admition pour elle, et sans une grande considération pour sa valeur. Par valeur, j’entends bien sûr quelque chose qui dépasse de loin la valeur économique ; je l’entends au sens philosophique.
L’obstacle le plus sérieux à l’évolution d’une éthique de la terre tient peut-être au fait que notre système éducatif et économique s’éloigne plus qu’il ne se rapproche d’une  conscience intense de la terre. » (…) 
« Autre obstacle presque aussi sérieux à une éthique de la terre : l’attitude du fermier pour lequel elle est encore un adversaire, ou un tyran qui le maintient en esclavage. » (…)
« La cause de l’éthique de la terre semblerait désespérée, l’était la minorité en révolte ouverte contre ces tendances modernes ». La montagne qu’il faut déplacer pour libérer le processus vers une éthique, c’est tout simplement ceci : cessez de penser au bon usage de la terre comme à un problème exclusivement économique…»

NDLB : L’impossibilité de rentrer facilement le foin à cause des trous de marmottes.

«…Examinez chaque question en termes de ce qui est éthiquement et esthétiquement juste autant qu’en termes de ce qui est économiquement avantageux.»

NDLB : « La volonté initiale de l’AFP était de déplacer les marmottes vers des zones de plus haute altitude, là où elles peuvent vivre en toute sérénité tout en procurant une attraction fort plaisante pour les promeneurs ».

« Une chose est juste lorsqu’elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique. Elle est injuste lorsqu’elle tend à l’inverse. Il va sans dire, bien sûr, que la faisabilité économique limite la marge de ce qui peut ou ne pas être fait en faveur de la terre. Il en a toujours été, il en sera toujours ainsi. »

NDLB : Il n’est pas question de ne pas tenir compte des problèmes causés par les marmottes aux agriculteurs, il est question de tenir compte des problèmes des éleveurs ET des besoins des marmottes. Dans « José Bové raisonne comme un éleveur », j’écrivais : « Tous les marchands de vérités simplistes doivent remplacer leurs OU par des ET. Il y a de la place pour le pastoralisme ET pour des écosystèmes équilibrés, pour les animaux domestiques ET pour les animaux sauvages. Il faut écouter les avis des habitants des montagnes ET ceux des citadins. C’est le principe d’habiter ensemble, de co-habiter !»)

Le sophisme que les tenants du déterminisme économique nous ont attaché autour du cou, collectivement et dont nous devons à présent nous débarrasser, c’est l’idée que l’économie détermine tout l’usage de la terre. Ce n’est pas le cas. Une foule innombrable d’actions et d’attitudes, qui comprennent peut-être l’essentiel de toutes les relations à la terre, sont déterminées par les goûts et les prédilections de l’utilisateur bien plus que par son portefeuille. L’essentiel de toutes les relations à la terre demande un investissement en termes de temps, de réflexion, de talent et de foi, bien plus qu’un investissement financier. Dans l’usage de la terre, on est ce que l’on pense. »

Baudouin de Menten

« Stratégies d’influences naturalistes pour un monde plus libre, plus juste, plus vert et plus solidaire »

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