« Burning Man m’a donné des idées pour développer ma startup »

Tu fais du yoga et tu es entrepreneuse, Burning Man est fait pour toi”, voici la phrase qui a convaincu Anne-Charlotte de se rendre au festival. @DR

TEMOIGNAGE // Anne-Charlotte Vuccino, 32 ans et fondatrice de YOGIST, une startup qui propose de faire du yoga sur son lieu de travail, raconte son séjour au festival américain Burning Man, qui s’est révélé enrichissant sur le plan personnel mais aussi pour son business.

« Quand mon ami et camarade d’HEC Grégory, aujourd’hui ingénieur en robotique dans une startup de la Silicon Valley, m’a invitée à son mariage en Californie, puis à me joindre à son groupe pour participer à Burning Man, du 28 août au 4 septembre 2017, ma première réaction fut : “C’est pile lorsque l’activité reprend, on voit bien qu’ils n’ont pas monté leur boîte !”. Mais il a ajouté : “Tu fais du yoga et tu es entrepreneuse, Burning Man est fait pour toi”.

Je ne voyais pas bien le rapport entre YOGIST, ma startup de yoga corporate, et ce festival à l’ambiance très “Mad Max” dans le désert du Nevada. C’était, dans mon esprit, un rendez-vous de déjantés, d’amateurs de “sexe, drogues et electro” auquel je n’aurais jamais pensé participer. Mais j’ai fait confiance à Grégory, pris mon billet pour rejoindre Reno depuis le Brésil où je passais le mois d’août pour créer la filiale locale de YOGIST, et vécu l’expérience la plus improbable et la plus inspirante de ma vie.

Un défi logistique

Aller à Burning Man n’est pas une mince affaire. C’est une startup en soi. Celle de notre petit groupe autogéré s’appelle “UBUNTU”, en accord avec le thème de l’événement cette année : “Radical Rituel”. C’est l’aboutissement de 9 mois de gestion d’un projet titanesque visant à organiser la survie d’une trentaine de personnes dans le milieu hostile du désert du Nevada.

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Notre environnement : le lit d’un lac asséché parfaitement lunaire, en proie aux tempêtes d’une poussière qui brûle la peau, les narines, les yeux et la gorge, par 40 degrés la journée et 5 degrés la nuit, sans aucune infrastructure (ni eau, ni électricité, ni réseau de téléphone, ni la possibilité d’acheter quoi que ce soit sur place…) et avec des moyens réduits (la cotisation de chaque membre).

Notre défi : construire 4 hexa-yourtes en panneaux d’isolation pour y dormir, et transporter l’eau, la nourriture, les abris, les 3 canapés, le matériel de cuisine, les vélos, les lumières jusqu’à notre camp à Black Rock City, à 6 heures de San Francisco… Rien n’aurait été possible sans un engagement sans faille des “habitués”, leur créativité, une gestion au cordeau, un planning soigné, un suivi des coûts et des ressources dignes des meilleurs ingénieurs.

Discuter avec d’autres startupeurs

Une fois le camp installé, vient le moment de rencontrer les autre “Burners”. Au sein de mon camp, je découvre une dizaine de startupeurs français installés dans la Silicon Valley. Guillaume et Laurent, les deux co-fondateurs d’une startup d’escape game parisienne, Julien, un entrepreneur brésilien (pays où je viens de m’implanter), Morgan, le fondateur d’un cabinet qui aide les startups à conquérir le marché américain, Alice, qui travaille chez Deloitte dans la Baie, Francis, banquier londonien, Stéphane, designer à San Francisco, Nora, manager d’une grande entreprise d’énergie solaire qui écrit des poèmes minutes…

Autant de personnalités et d’expertises que de sources d’inspiration pour une entrepreneuse qui se lance à l’international, réfléchit aux différents modes de croissance et à la manière de développer son concept. Autour de la gamelle de raviolis, on parle business plans, incubateurs, levée de fonds, financements, BFR et scalabilité. Chacun partage son expérience, ses contacts et ses idées.

Un matin, au réveil, Morgan se lance dans un exposé sur les crypto-monnaies, la blockchain, leurs enjeux et leurs risques. Guillaume nous initie à l’hypnose. Puis on ouvre le livret du programme de Burning Man et chacun part assister au talk de son choix – et il est vaste : « Discussion sur l’entrepreneuriat et l’activisme, ou comment construire un business socialement responsable”, “la Blockchain déchaînée : le futur des système de gouvernance décentralisés”, “Qu’est-ce que le leadership du point de vue de la science ?”, “Humans 2.0 : l’intelligence artificielle révolutionnera l’humanité”… Les tech workers influents de la Silicon Valley se mélangent aux Burners. Elon Musk raconte, d’ailleurs, que c’est à Burning man que lui est venue l’idée de créer SolarCity.

Discussions stratégiques

Chaque jour, des dizaines de professeurs de yoga réputés, venus du monde entier, dispensent aussi leur enseignement (gratuitement !) dans les différents camps. Je rencontre ainsi Mollie, professeur de yoga de Seattle amputée du bras gauche. Nos itinéraires et nos expériences du yoga sont si proches que nous restons à discuter à l’ombre du dôme.

Devant la statue du Man qui brûle, je me lance avec Morgan dans une discussion, stratégique cette fois : quelles opportunités pour YOGIST sur un marché comme les Etats-Unis ? Faut-il y lever des fonds ou grandir de manière organique ? Quelles structures pour m’y accompagner ? Burning Man serait-il un incubateur de startups à part entière ?

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Créativité débridée

Chaque année, 70 000 personnes de tous les pays, de tous les âges (on croise des jeunes enfants comme des seniors), de tous les métiers et de toutes les classes sociales se retrouvent pour construire une expérience artistique, humaine et sociale hors du commun.

La Playa offre, partout où le regard se pose, des exemples de la créativité la plus débridée. Des œuvres anonymes et gigantesques y sont dispersées, créées avec des moyens réduits : rien d’industriel ici, Burning Man fait la part belle aux innovations manuelles et individuelles.

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Chacun peut apporter sa conception de la beauté et de la disruption. Un ours gigantesque en pièces de monnaie, des navires qui crachent du feu, un requin la gueule ouverte flottent dans un halo de poussière. La carlingue d’un Boeing 747 a été reconstituée, opérée par la compagnie “Big Imagination” qui promet de perdre le  “bagage émotionnel” que vous y aurez enregistré. Un concert de musique classique s’improvise sous l’arbre immense en LED.

« Inclusion radicale »

Les 10 principes qui régissent Burning Man sont respectés par tous. “Radical Inclusion” : chacun, sans exception, peut et doit participer à l’œuvre commune.

“Gifting” : l’économie de Burning Man est basée sur le don, et non l’échange. Aucune monnaie n’a cours à Black Rock City, chacun apporte et donne aux inconnus qu’il croise sans rien attendre en retour, en fonction de ses capacités et de ses talents.

“Decommodification” : le monde corporate, les marques et le sponsoring n’ont pas leur place ici. Rien ne peut être acheté, mais tout peut être offert. Si les Daft Punk viennent mixer, c’est incognito, dans l’un des véhicules mutants qui arpentent la Playa…

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“Leave No Trace” : Chacun s’engage à ne laisser aucune signe de son passage dans cet espace préservé. Chaque cendre de cigarette, chaque emballage, chaque épluchure est soigneusement ramassée, recyclée, conservée. Des habitudes, des attitudes, une ouverture d’esprit nouvelle s’adoptent, que chacun attend avec impatience de mettre en pratique une fois retourné à la vie réelle, lorsque le temple aura brûlé, que la musique se sera tue et qu’il sera temps de redescendre de la lune. »

Par Anne-Charlotte Vuccino, 32 ans
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