France – Cinéma Jeanne Moreau s’est éteinte, à jamais insoumise

  • France – Cinéma Jeanne Moreau s’est éteinte, à jamais insoumise

    Elle a tant chanté et joué la vie, que son tourbillon a fini par l’emporter. Actrice, moue de légende, chanteuse, réalisatrice, militante, femme libre surtout, Jeanne Moreau s’est éteinte lundi. « La mort, c’est l’ultime curiosité » disait-elle. Depuis hier, le cinéma est en moi

  • 1/08/2017 à 05:04
  • mis à jour à 22:58
Jeanne Moreau est décédée hier à Paris, le    monde du cinéma et de la culture est en deuil.  Photo AFPJeanne Moreau est décédée hier à Paris, le monde du cinéma et de la culture est en deuil. Photo AFP

Cette bouche canaille, c’était Jeanne. Ce timbre rocailleux de fumeuse qui n’en a rien à foutre de brûler sa vie, c’était Jeanne. Cette liberté de choix, surtout, c’était Jeanne. Choix de ses rôles, au cinéma comme au théâtre, choix de ses hommes, de ses Jules, de ses Jim et des indompté(e) s qu’elle a inspirés : Truffaut, Welles, Fassbinder, Malle, Antonioni, Godard, Demy, Losey, Kazan, sans oublier Marguerite Duras et Agnès Varda. Ce franc-parler, aussi, c’était Jeanne.

« Les bien-pensants m’emmerdent », nous confiait-elle en replongeant dans le tourbillon de sa vie. « En tant que personne, je fais ce que je veux. Comédienne, j’ai essuyé des tombereaux d’insultes, j’ai fait des choix audacieux à une époque où c’était mal vu ». C’était en décembre 2012, au moment de la sortie inaperçue d’« Une Estonienne à Paris », son dernier rôle principal au cinéma.

Humiliée, plus jamais

Depuis, épuisée, Jeanne Moreau n’a fait qu’une apparition dans une comédie oubliable d’Alex Lutz. À bout de force, la « Vieille qui marchait dans la mer » a même dû renoncer, dans la douleur, à la série « Dix pour cent », un rôle qui l’enchantait face à Line Renaud, et qui a dû être réécrit pour Françoise Fabian. Jeanne Moreau, 89 ans, s’est éteinte hier matin dans son appartement parisien. Ne répétait-elle pas que « La mort, c’est l’ultime curiosité » ?

Née à Paris le 23 janvier 1928, Jeanne a passé son enfance à Vichy, où ses parents tenaient l’Hôtel de L’Entente. Son père est originaire de l’Allier, sa mère est une danseuse anglaise. Ruinés par une mauvaise gestion, ils remontent à Paris, reprennent un bistrot, habitent dans un hôtel de passe. Elle, veut devenir violoniste, puis danseuse, puis religieuse. Enfin, actrice. Quand son père l’apprend, c’est la tempête. « Il ne voulait pas que je fasse ce métier « déshonorant ». Il est monté dans ma chambre, m’a sortie du lit, m’a foutue une baffe et m’a virée devant tous les clients de la brasserie (qu’il avait repris à Paris), sans un sou, sans rien ».

Jeanne a vingt ans et la suite de sa carrière sera à jamais liée à ce souvenir blessant. Humiliée, plus jamais. Pas question de céder aux émotions. Il en découle une façon de jouer qui n’appartient qu’à elle, un art d’être là et lointaine à la fois. Froide, distante et diablement sensuelle.

Le cœur brûlant, la parole froide

Sa devise : « Le cœur brûlant, la parole froide ». Elle répétait aussi, comme un disque rayé, « Je ne suis pas chanteuse ». Peut-être pas chanteuse au bas mot, mais absolument, et inoubliablement, interprète de haute volée : ses six albums, écrits notamment par Revzani (sous le pseudonyme de Cyrus Bassiak) et elle-même, et surtout ses refrains entêtants pour « Jules et Jim », « India song » et « Querelle » restent dans toutes nos mémoires, qui ne risquent pas de flancher. Et que dire que sa reprise, avec Vanessa Paradis, du « Tourbillon de la vie » ? Moment d’anthologie cannoise.

Si elle a tourné avec les plus grands, Jeanne n’a jamais raté une occasion d’aider les débutants à ouvrir une porte. Ni de venir en aide à ceux qui sont dans la peine. Elle a signé le « manifeste des 343 salopes » reconnaissant avoir avorté, a défendu le mariage gay, a demandé l’arrêt des poursuites contre Roman Polanski, a réclamé le vote pour les étrangers.

C’est cela, Jeanne, une artiste française d’exception. Une femme insoumise. Même la fleur qui porte son nom, la rose Jeanne Moreau, une variété au parfum enivrant et aux pétales délicats, cache les épines les plus rebelles du jardin.

David S. Tran

Quand Jeanne Moreau et Vanessa Paradis chantaient « Le Tourbillon de la Vie »

C’est la chanson culte du film « Jules et Jim » de François Truffaut. En 1995, Jeanne Moreau, alors présidente du festival de Cannes, et Vanessa Paradis, avaient repris ensemble « Le Tourbillon de la Vie » sur la scène du palais des festivals. Une prestation sublime et un souvenir très émouvant pour toutes les deux. « C’est un moment indélébile, au-delà du cinéma. Il y a eu quelque chose de tellement magique. On ne savait pas ce que Jeanne Moreau allait faire mais elle ne m’a pas quitté du regard et pendant un instant, j’ai oublié toute la salle », avait raconté Vanessa Paradis en 2016 à LCI. Jeanne Moreau confiait de son côté : « Depuis, j’ai comme un lien secret et mystérieux avec elle ».

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