François Hollande, la patate chaude de la présidentielle

Pour la première fois depuis 1965, aucun candidat ne défend le bilan du président sortant, lui-même dans l’impossibilité de se représenter. Il n’y aura pas de débat sur le bilan. Par Patrick Fluckiger

 

Nous vivons la dixième campagne présidentielle depuis 1965. On pensait connaître l’ensemble des cas de figure possibles : démission du président (De Gaulle, 1969), décès (Pompidou, 1974), réélection (Mitterrand 1988, Chirac 2002), sortant sorti (Giscard 1981, Sarkozy 2012), fin naturelle de second mandat (Mitterrand 1995, Chirac 2007). François Hollande a inventé pour 2017 une nouvelle donne inédite : le sortant fantôme qui fait fuir les candidats dès qu’il apparaît derrière une fenêtre. Le chef de l’Etat n’est pas seulement dans l’impossibilité de se représenter. Aucun des postulants ne cherche son soutien.

Pas un seul des onze candidats en présence ne défend ne serait-ce que des bribes de la politique du président. En 2007, Sarkozy prônait la rupture, mais assumait son bilan de ministre de l’Intérieur et son éphémère passage à Bercy. Il avait cessé ses piques contre Chirac dès son entrée dans l’arène et pouvait compter sur la totalité d’une droite enthousiaste. Un Chirac finissant tirait sa révérence, si ce n’est en beauté, du moins avec le respect amical de ses troupes.

Rayé des cadres

L’ambiance est tout autre aujourd’hui ! Deux anciens ministres de François Hollande, Emmanuel Macron et Benoît Hamon, sont dans la course, et aucun ne se targue d’avoir siégé au côté du chef de l’Etat. Bien au contraire : Hamon déplore le bilan du quinquennat « qui pèse » et Macron fait mine d’avoir oublié que la politique économique présidentielle, c’est lui qui l’a mise en place. D’abord comme secrétaire général-adjoint de l’Elysée, où il a été l’architecte du CICE et du Pacte de responsabilité, puis comme ministre de l’Economie.

François Hollande prêt à voter Emmanuel Macron ?

Les deux ex-ministres ne se souviennent de rien ou presque. Pensez donc : ils regardent vers l’avenir, et Hollande, c’est le passé. Le chef de l’Etat est encore en fonction mais il est déjà relégué, rayé des cadres, banni des discours et des références, effacé des photos de famille comme un vulgaire membre du politburo du PC russe venant d’être fusillé par Staline.

Après sa victoire à la primaire, Hamon est allé le voir à reculons. Macron, lui, doit prier tous les jours pour que François Hollande n’annonce pas qu’il s’apprête à voter pour lui.

« Il y a un péril »

L’hôte de l’Elysée, pourtant, trépigne. La progression de Jean-Luc Mélenchon l’affole. Dans le Point, il se départ de la fausse sérénité qu’il affichait depuis son renoncement : « Il y a un péril face aux simplifications, face aux falsifications, qui fait que l’on regarde le spectacle du tribun plutôt que le contenu de son texte », explique-t-il. Et d’affirmer en privé que la campagne « sent mauvais ». Serait-ce parce que les roses socialistes ont fané et qu’elles s’entassent dans un coin ?

Valls a appelé à voter Macron contre le danger Le Pen. On sent bien que Hollande est tenté de faire de même contre le danger… Mélenchon. Un président de gauche qui s’inquiète de la progression d’un candidat de gauche. On n’en est plus à un paradoxe près, avec “Pépère”…

En tout cas, la « menace » d’un soutien présidentiel fait trembler En Marche, où l’initiative de Manuel Valls, déjà, a fait grincer les dents. Au moment où Emmanuel Macron cherche à équilibrer ses soutiens vers la droite, un appel explicite du président sortant en sa faveur rappellerait que le jeune énarque est d’abord un bébé Hollande. Et le bébé ne veut pas de cette patate chaude.

D’ailleurs personne n’en veut. Benoît Hamon a annoncé qu’il voterait Mélenchon au 2e tour, ce qui a définitivement coupé les ponts avec l’Elysée… et semé la consternation au siège du PS.

Les seuls qui seraient ravis d’un soutien présidentiel à Emmanuel Macron sont ceux, justement, qui tirent sur le jeune loup aux dents longues : François Fillon qui surnomme son adversaire « Emmanuel Hollande », Marine Le Pen qui convoque l’équation « Macron égale Hollande » et aussi Jean-Luc Mélenchon, qui rêvait d’affronter l’hôte de l’Elysée. L’entrée en lice de son meilleur ennemi en faveur de celui qui « est allé à la banque Rothschild » validerait, pour le candidat de la France insoumise, cinq ans de guérilla contre « la gauche qui trahit ».

Le bilan éclipsé

Brouillé avec son aile gauche, tenu à l’écart par son aile droite, Hollande est condamné à rester dans son coin jusqu’au premier tour. Il s’est (de lui-même) placé entre deux chaises pendant son mandat fait d’indécision, de demi-mesures dosées au millimètre, de reculs au bord du précipice (déchéance de la nationalité), de jugements de Salomon (affaire Leonarda). Ses derniers jours à l’Elysée sont à l’image des cinq ans qu’il y a vécus : ils sont faits d’impuissance.

Avec, quand même, une petite revanche pour celui qui s’apprête à retourner en Corrèze, où il cherche une maison : comme personne ne prend la défense de ses années élyséennes, et comme la droite a d’autres soucis avec son propre candidat, il n’y a pas grand-monde pour faire le bilan contradictoire du quinquennat.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Ce site vous est proposé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :