Guyane : les négociations arrêtées au bout de quelques minutes

Les ministres de l’intérieur et des outre-mer avaient engagé leurs discussions avec les leaders de la mobilisation jeudi matin. Ces derniers ont décidé d’écourter le rendez-vous.

Le Monde.fr avec AFP | 30.03.2017 à 18h35

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Des manifestants brandissent le drapeau de la Guyane, à Cayenne le 28 mars.

Les discussions auront été de courte durée. Les négociations entre un collectif de Guyanais et les ministres Matthias Fekl et Ericka Bareigts, qui visent à sortir la Guyane de plus de dix jours de conflit social, se sont arrêtées jeudi 30 mars quelques minutes à peine après avoir commencé.

Les ministres de l’intérieur, Matthias Fekl, et des outre-mer, Ericka Bareigts, avaient engagé jeudi matin les discussions avec les leaders de la mobilisation en Guyane, très déterminés à obtenir les moyens de faire enfin « décoller » le territoire après le succès des manifestations des derniers jours.

Lire le reportage :   Les Guyanais dénoncent les défaillances de l’Etat sur l’insécurité

Les médias n’ayant pas été conviés aux discussions, le collectif portant les revendications a décidé, moins d’une demi-heure après le début de la rencontre, que « ça ne pouvait pas se passer comme ça pour des questions de transparence », a déclaré l’un de ses membres, le représentant du Medef local, Stéphane Lambert. La vingtaine de négociateurs issus de la société civile guyanaise sont alors sortis de la préfecture, où les discussions se tenaient. Ils faisaient face à 11 h 30 (16 h 30 à Paris) à des centaines de manifestants venus les soutenir, qui s’affirment « déterminés ».

« Ils nous doivent les infrastructures »

La rencontre avait démarré dans une ambiance électrique, et sous une pluie battante, avec une heure et demie de retard. Alors qu’elle devait commencer à 9 heures, le collectif Les 500 Frères contre la délinquance, soutenu par des centaines de manifestants, avait d’abord exigé, et obtenu, le retrait du dispositif de sécurité érigé face à la préfecture, menaçant de se retirer des discussions.

« Quel que soit le gouvernement » qui sortira des élections, « ils nous doivent les infrastructures que tous les autres départements français ont ! » a asséné Mickaël Mansé, un porte-parole du mouvement devant des centaines de personnes réunies sur un rond-point de Cayenne. Très remonté contre Paris, il a listé les besoins de la Guyane en matière de prison, de justice et de police.

Une partie de leurs requêtes a déjà été validée par l’exécutif. Mercredi, le premier ministre, Bernard Cazeneuve, a acté la création d’un tribunal de grande instance et d’un centre pénitentiaire à Saint-Laurent-du-Maroni, la deuxième ville du département, ainsi que la suspension de la cession du centre médical de Kourou. Ericka Bareigts et la ministre de la santé, Marisol Touraine, ont validé mercredi une aide de fonctionnement exceptionnelle de 20 millions d’euros à l’hôpital de Cayenne, en difficulté financière.

Lire aussi :   « En Guyane, on a aujourd’hui une révolution “participative” »

Pour répondre aux demandes de renforcement des effectifs de police, le préfet Jean-François Cordet, qui pilote la mission interministérielle envoyée par Paris depuis samedi, avait annoncé lundi le renfort de « 25 policiers, 23 gendarmes » et « la fidélisation d’un escadron de gendarmes mobiles à Cayenne ».

La tâche s’annonce malgré tout ardue pour Mme Bareigts et M. Fekl, arrivés mercredi soir à Cayenne, et qui ont immédiatement affiché un esprit de « compréhension » des « difficultés » qu’affronte la Guyane. « Nous sommes là pour écouter, pour avancer avec des solutions concrètes », a assuré le ministre de l’intérieur, prêt à rencontrer tous ceux qui veulent « sereinement construire l’avenir de la Guyane ». A ses côtés, la ministre des outre-mer a appelé à « maintenir la perspective » et à « dresser les espérances » « au-delà des échéances électorales », en cherchant des solutions à « dix ou quinze ans ».

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