Allemagne : Martin Schulz rallume la flamme du SPD

Martin Schulz avec Katarina Barley, la secrétaire générale du SPD, le 18 mars à Berlin. Photo Kay Nietfeld. DPA. ABACA

Elu dimanche à la tête du Parti social-démocrate avec 100 % des voix, l’ancien président du Parlement européen est désormais un rival très sérieux pour Angela Merkel aux législatives de septembre. Pour accéder à la chancellerie, il promet de nouvelles avancées sociales.

Dehors, une pluie froide et glacée rappelle que l’hiver n’a pas dit son dernier mot. Dans l’«Arena», un bâtiment de brique et de verre édifié au XIXe siècle au bord de la Spree, l’ambiance est surchauffée. 600 délégués venus de toute l’Allemagne ont pris place dans cet ancien hangar à bus. Ils applaudissent à tout rompre, agitent de petits drapeaux à l’effigie de celui qui a rendu sa fierté au plus vieux parti politique d’Allemagne, l’espoir du Parti social démocrate (SPD), Martin Schulz. Le SPD a convoqué ce congrès exceptionnel, à six mois des élections législatives, pour entériner la transition à la tête du parti de Sigmar Gabriel à Martin Schulz, désormais affublé d’une double casquette de président et de candidat.

Crédité de 32 % des intentions de vote, à un point de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière, Angela Merkel, Martin Schulz a sorti de l’ornière un parti qui stagnait depuis des années à 20 % dans les sondages. Du jamais-vu depuis la guerre : l’ancien président du Parlement européen a obtenu dimanche 100 % des voix des délégués. Une «Schulzmania» semble avoir saisi la gauche allemande, comparable, assure-t-on en interne, à l’euphorie soulevée au début des années 70 par Willy Brandt.

«Il est là, avec nous»

A Berlin, décor et scénario ont été préparés avec soin. Les murs sont éclairés de rouge. Derrière la tribune, les trois lettres «SPD» sont posées comme des cubes géants sur un bloc de béton. Aux pieds du podium, une banderole en lettres rouges rappelle le slogan de la campagne du parti : «Il est temps pour plus de justice.» Grave et concentré, le candidat à la chancellerie a pris place entouré de tous les ministres sociaux-démocrates d’Angela Merkel et de la direction du parti, au grand complet. Hannelore Kraft, ministre-présidente de la Rhénanie, dans l’ouest du pays, est chargée de chauffer la salle. Un poids énorme pèse sur ses épaules : cette oratrice hors pair joue sa réélection aux régionales qui se tiendront en mai à Düsseldorf. Le score qu’elle y obtiendra sera un signal important, à la veille des législatives de septembre. Sigmar Gabriel, président sortant du SPD, lui succède à la tribune. «Imaginez, Emmanuel Macron en France, Martin chancelier… Voyez-vous tout ce que nous pourrons changer en Europe !» La salle s’enflamme. Les lumières s’éteignent. Les enceintes crachent des décibels de guitare électrique. Le clip de la campagne est lancé : «Il est là, avec nous.» La star du jour monte sur scène. «Nous sommes de retour, lance-t-il à une salle euphorique. C’est une bonne nouvelle pour l’Allemagne, c’est une bonne nouvelle pour l’Europe !» Martin Schulz multiplie anecdotes et coups de griffes contre Angela Merkel, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, les populistes de l’AfD… Il rappelle son histoire personnelle, celle d’un homme parti d’en bas, sans bac, sur le point de mal tourner mais sauvé par la littérature, ses amis, sa famille et les Jusos (les jeunesses sociales démocrates). La salle vibre.

Remis à flot

«Les gens attendaient quelqu’un qui allait changer les choses, explique Gerhard, 64 ans, venu de Francfort. Schulz est quelqu’un qui fera baisser les inégalités. I l est crédible et il écoute les gens.» «C’est incroyable, on sent vraiment que le vent a tourné», s’enthousiasme Andreas Walder, 56 ans. «Avec Schulz, on aura plus de justice sociale, pour les travailleurs, pour les jeunes, pour les femmes. C’est un Européen convaincu. Et il n’est pas responsable des erreurs passées du SPD.» Les «erreurs passées» du parti, c’est pour Andreas Walder «l’Agenda 2010», ce programme de réformes libérales adopté par les gouvernements de Gerhard Schröder entre 1998 et 2005. Un héritage lourd pour un parti à la fois fier d’avoir ainsi remis à flot «l’homme malade de l’Europe» qu’était alors l’Allemagne, et traumatisé par cette trahison historique envers les valeurs de la social-démocratie. Depuis, le SPD n’a jamais retrouvé le pouvoir sauf au niveau régional, ou en force d’appoint aux gouvernements d’Angela Merkel. Martin Schulz a déjà annoncé que des «corrections» seront nécessaires : retraites, allocations chômage pour les travailleurs âgés, égalité hommes-femmes au niveau des salaires, le tout financé par les excédents colossaux engrangés par les caisses publiques en 2016… Les promesses du candidat Schulz sont nombreuses mais restent vagues : à Berlin, il n’en dira pas plus, rappelant qu’un congrès se tiendra à l’été, pour adopter le programme de campagne. Il n’en dira pas plus non plus sur la coalition qu’il souhaite diriger. «La meilleure coalition serait une alliance avec Die Linke et les Verts», rêve Albert, un étudiant de 23 ans pour qui cette alliance ne doit plus être taboue au niveau fédéral. Il est conscient des limites de son rêve : avec 8 % d’intentions de vote chacun, les néocommunistes de Die Linke et les Verts sont des alliés bien hypothétiques. «Le plus important, c’est que le prochain chancelier soit social-démocrate, même s’il faut s’allier avec la CDU pour gouverner, ajoute Andreas Walder. La CDU, qui a tout fait pour bloquer le salaire minimum, serait alors bien obligée d’accepter les réformes sociales que nous voulons imposer.»

Nathalie Versieux

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