Après la «jungle» de Calais, un nouveau démantèlement à Grande-Synthe ?

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Un réfugié se réchauffe auprès d’un feu dans le camp de Linère, à Grande-Synthe. Photo Denis Charlet. AFP

Le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux a annoncé vouloir évacuer «le plus rapidement possible» le campement de la Linière, où vivent quelque 1 500 migrants. Une annonce précipitée, puisque l’Etat s’apprête à renouveler la convention fixant la gestion du site.

Cinq mois après le démantèlement de la «jungle» de Calais, va-t-on assister au cours des prochaines semaines à une nouvelle opération d’ampleur visant à faire disparaître le campement de migrants de Grande-Synthe (Nord) ? C’est ce que pourrait laisser croire la déclaration du ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux devant une commission sénatoriale, ce mercredi. «La question n’est plus seulement aujourd’hui celle du rétablissement de l’ordre public» mais aussi «du démantèlement progressif du camp, qui doit pouvoir démarrer le plus rapidement possible», a estimé le locataire de la place Beauvau.

Près de 1 500 personnes vivent actuellement dans ce campement construit il y a un an, à l’initiative du maire (EE-LV) de la commune nordiste, Damien Carême, et en dépit de l’opposition du ministre de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve. Un chiffre qui a fortement augmenté ces derniers mois, et qui place le campement de la Linière dans une situation de surpopulation, engendrant des heurts réguliers entre les migrants et les forces de l’ordre, ainsi qu’entre les différents réseaux de passeurs opérant sur place.

Nouvelle convention à l’étude

Il semble pourtant que la parole de Bruno Le Roux a dépassé sa pensée, contredisant même l’action actuelle des services de l’Etat. La ministre du Logement, Emmanuelle Cosse, doit en effet se rendre à Grande-Synthe vendredi. Objectif de la visite : renouveler la convention tripartite encadrant la gestion du lieu (l’Etat, la ville et l’association Afeji), qui expire en mai. Les derniers détails ne sont pas encore finalisés, mais selon Damien Carême, elle devrait assurer le financement du site jusqu’au mois de septembre, charge alors au nouveau gouvernement de fixer son cap. «Je souhaite que la population du campement redescende à 700 personnes, annonce le maire de Grande-Synthe. Cela permettra à tout le monde de souffler un peu.» Pas question, donc, de «démantèlement». Une version en phase avec celle du ministère du Logement, qui indique travailler certes à une «reprise en main» de la Linière, mais «humanitaire», «pas policière».

Pour parvenir à cet objectif de 700 personnes accueillies, Carême espère que l’Etat mettra sur la table des places d’hébergement dans les CAO (centres d’accueil et d’orientation), ces structures transitoires censées permettre aux migrants de se poser avant, éventuellement, de demander l’asile en France. Il évalue entre 200 et 300 le nombre d’exilés (se trouvant actuellement à la Linière) qui aimeraient pouvoir partir en CAO depuis de longues semaines, mais en sont empêchés, faute de place. Une situation qui n’a rien de nouveau : la France souffre d’un déficit systémique de structures dédiées pour les demandeurs d’asile. L’an passé, ils étaient 85 000 à avoir sollicité la protection de la France, qui, de son côté, fournissait environ 50 000 places d’hébergement.

Sylvain Mouillard

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