Scandale du « Kremlingate » : et si Trump était vraiment la marionnette de Poutine ?

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Jeff Sessions, le ministre de la Justice de Donald Trump, avait juré ses grands dieux qu’il n’avait jamais eu le moindre contact avec des officiels russes. Las. En révélant deux rencontres avec l’Ambassadeur de Russie, le « Washington Post » a relancé les spéculations sur l’interférence de la Russie dans la campagne présidentielle.

Jeff Sessions aura beau se défendre en disant qu’il n’avait jamais rencontré aucun officiel russe, puis qu’il avait oublié, ou encore que ces contacts n’ont de toute façon aucun rapport avec la campagne de Trump, il ne fait que nourrir un peu plus le soupçon. Pris dans la tempête, il a déclaré qu’il acceptait d’amputer ses fonctions et de se retirer de toutes les enquêtes sur la campagne présidentielle. Insuffisant pour les démocrates qui exigent sa démission. La menace d’un Kremlingate plane désormais sur la Maison-Blanche. Retour sur un feuilleton à la sauce John Le Carré.

Des éloges aux soupçons

Tout au long de sa campagne, Donald Trump n’a cessé avec insistance de faire l’éloge de Vladimir Poutine, faisant tiquer jusque dans son propre camp. Pour de nombreux républicains, la Russie reste l’ennemi historique. Envenimées par le dossier ukrainien, l’annexion de la Crimée, et il faut bien le dire, une Hillary Clinton très va-t-en guerre, les relations entre les deux pays, à la veille des élections, sont exécrables. Prenant toute le monde à contre-pied, Trump ne cesse de louer « l’intelligence » et « le talent » d’un « grand leader ».

Quand les services de renseignement commencent à évoquer une vague de cyberattaques venant de Russie sur les boîtes mail du parti démocrate, ce soutien appuyé est apparu suspect. Dès juillet, la question des contacts entre les responsables de la campagne de Trump et la Russie dans les périodes préélectorale commence à se poser avec insistance.

Les e-mails d’Hillary

A l’été, des emails du Parti démocrate piratés par des hackers, puis à l’automne, ceux du directeur de campagne d’Hillary sont publiés sur WikiLeaks, le site cofondé par Julian Assange, proche du Kremlin. L’affaire des courriels non sécurisés que la candidate démocrate aurait utilisé pour traiter des affaires d’Etat va devenir l’arme fatale de Trump dans la campagne, une arme dont il ne cessera d’user et d’abuser.

Qui a piloté ces cyberattaques ? Des hackers indépendants ? Les services secrets russes ? Tandis que les services de renseignement pointent avec insistance la responsabilité du Kremlin, Barack Obama demande l’ouverture d’une enquête. Après avoir commencé par nier l’origine Russe de ces piratages, Donald Trump va finir par l’admettre, sans impliquer le Kremlin pour autant.

Michael Flynn entre en scène

En janvier, des fuites évoquent des contacts récurrents entre Michael Flynn, le conseiller à la sécurité nationale de Trump, le troisième homme le plus important de l’administration présidentielle, et l’ambassadeur russe à Washington Serguei Kyslyak. Questionné par le vice-président Mike Pence, Flynn commencera par démentir, avant de démissionner pour avoir menti. Pourquoi diable a-t-il refusé de dire qu’il avait rencontré l’ambassadeur ?

En soi, des discussions entre les deux hommes pouvaient se justifier. Mais ces mensonges vont un peu plus épaissir le climat de suspicion. Surtout quand les médias évoquent des discussions sur la levée des sanctions contre la Russie en cas de victoire du candidat républicain. Selon le « New York Times », ces conversations téléphoniques ont eu lieu en décembre, au moment même où le président Barack Obama annonçait une nouvelle série de sanctions contre la Russie en représailles aux interférences des hackers durant la campagne.

Un ballet de visiteurs…

Flynn est loin d’être le seul en cause. C’est même le troisième proche de Trump à démissionner pour les mêmes raisons. Paul Manafort, ex-directeur de campagne, a dû démissionner en août à cause de ses liens avérés avec la Russie. Tout comme Carter Page, conseiller en politique étrangère, qui a jeté l’éponge en Septembre 2016. Il avait notamment rencontré l’ambassadeur en marge de la convention républicaine, à Cleveland, à l’été dernier. La démission, en quelques mois, de trois conseillers qui n’ont d’autre lien entre eux que Trump et la Russie, ça fait beaucoup…

(Infographie « The Washington Post »)

Mais ce ne sont pas les seuls à avoir eu des relations avec Moscou. Il y a ce consultant, spécialiste du pétrole, devenu conseiller aux affaires internationales. Et aussi Jared Kushner, gendre et conseiller de Tump, qui rencontrait lui aussi Kislyak avec Michael Flynn. Au total, six proches de Trump sont soupçonnés par le FBI d’avoir eu des contacts secrets avec la Russie durant la campagne. Selon l’administration de Donald Trump, ces discussions sans conséquences ne portaient pas sur l’élection, ni sur la manière dont la Russie pourrait aider le candidat républicain à battre Clinton. Pour les services de renseignement en revanche – aujourd’hui dans le collimateur de Trump – c’était au contraire le cas, même s’ils n’ont pas encore pu le prouver.

Pourquoi ces mensonges ?

C’est la partie la plus trouble du dossier. Michael Flynn a sciemment menti. Jeff Sessions qui disait en janvier n’être au courant d’aucun contact, aussi. Au moins par omission. A trois reprises et contre toute évidence, Trump lui-même et son équipe ont démenti avoir eu le moindre contact avec la Russie. Le 15 janvier encore, deux semaines avant l’investiture, le vice-Président Mike Pence jurait qu’il y avait eu « zéro contact » entre la campagne et des officiels russes.

Les services secrets avaient pourtant briefé à la fois Trump et Barack Obama sur des contacts répétés, même si on ne sait pas exactement quand ces contacts ont eu lieu. Selon le quotidien anglais « The Times », les services britanniques et hollandais ont fait état de réunions dans des grandes villes européennes entre des proches de Poutines et des collaborateurs de Trump. De leur côté, les services secrets américains ont intercepté des communications d’officiels russes, certains à l’intérieur même du Kremlin, avec des proches de Trump.

Un ambassadeur très averti

Au cœur du mystère, la personnalité et le rôle de l’ambassadeur de Russie aux Etats-Unis Serguei Kislyak sont au centre de toutes les interrogations. C’est avec lui que Flynn et Sessions ont eu des contacts répétés. Nommé à Washington en 2008, ce diplomate de 66 ans est un pur produit du système soviétique. Nommé une première fois à New-York au début des années 1980, en pleine guerre froide, il ne cessera plus, au fil de ses nominations, de faire des aller-retour entre la Russie et les Etats-Unis. Affable, il tient une place importante dans la vie sociale de la capitale, multipliant les réceptions, mettant tout son entregent à réchauffer les relations diplomatiques entre les deux pays.

A-t-il une double casquette ? Selon CNN, pour les Services secrets américains, Kislyak est un agent secret de haut vol et un recruteur de premier plan… Difficile de savoir sur quelles bases ces graves accusations sont portées. La porte-parole du Ministère des Affaires étrangères russes a sarcastiquement balayé tous ces soupçons, sans les lever pour autant.

Le Kompromat

En janvier, alors que Washington bruisse de rumeurs, une énorme boule puante explose dans plusieurs journaux. Un document – non vérifié – établi par un ex-agent du MI6, les services secrets britanniques, affirme que Trump entretient des liens étroits avec la Russie. Mais aussi que la Russie posséderait sur lui une vidéo scabreuse : un « Kompromat » (matériel compromettant comme on disait du temps de l’Union soviétique), enregistré en 2013 lors d’un voyage de Trump à Moscou, et qui permettrait au Kremlin de faire pression sur lui…

Ces faits n’ont jamais été avérés. « Fake news ! », a grondé Donald Trump qui ne cessera plus, dès lors, d’attaquer les médias qui ont fait état du dossier en les accusant de diffuser des « fausses informations ». Selon CNN, les enquêteurs ont pu vérifier certaines des éléments du dossier, qui se sont révélées vraies. Rien en revanche sur les parties fines.

Et maintenant ?

Evidemment, la menace d’un scandale type Watergate pèse sur le dossier. Les services secrets américains sont désormais convaincus d’une collusion. Selon un responsable du renseignement, cité par John Schindler, un analyste de la NSA :

« Le Pentagone part du principe que le Kremlin a des oreilles à l’intérieur de la ‘situation room’, la salle de conférence où le président et ses principaux collaborateurs reçoivent les briefings de renseignement. Il n’y a pas grand chose que les russes ne savent pas à ce stade. »

Rien que ça ! Si cette collusion était prouvée, le scandale serait historique. Une série d’enquêtes est en cours. La démission de Sessions, après celle de Flynn, fragiliserait considérablement le président, a fortiori dans un contexte où d’importants dossiers sont sur la table. Syrie, Etat Islamique, Ukraine, OTAN, traité de prolifération nucléaire, les sujets ne manquent pas. Côté russe aussi, l’inquiétude monte aussi. La lune de miel tourne court.

Comme le souligne avec ironie dans le « New Yorker » l’humoriste Andy Borowitz, le « président Poutine commence à s’interroger sur les capacités des marionnettes qu’il a installées à Washington. Il savait que cette équipe n’avait pas beaucoup d’expérience et qu’elle pourrait lui causer des problèmes. Mais à ce point… »

Natacha Tatu

Natacha Tatu

Natacha Tatu

Journaliste

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